Dialogues
  
Entrer dans l’univers d’Isabelle Massin, c’est commencer un voyage aux couleurs vives ou pastels, terres et océanes – le voyage d’une glaneuse : dentelles, graines, algues appliquées sur les plaques deviennent matrices pour des gravures et des monotypes ; ou bien, déclinés en collages,
ces éléments se fondent dans l’espace du tableau.
 
Le détail vient éclairer l’espace de la toile : vignette ou miniature, échappée vers un bout de coque rouillée, murmure d’une écriture,
fil d’un labyrinthe ou dessin d’un mouvement qui suit on ne sait quel planisphère... tout est matière au déplacement du geste et de la couleur qui, comme une assomption, célèbre les vibrations du vivant.
 
Le carré est une figure centrale - formes des toiles, graphisme - il propose sa stabilité à la construction des formes et des aplats de lumière,
à la divagation du trait dont la trace parfois hésite.
 
Et c’est ainsi que l’œuvre dialogue avec les éléments du monde qui imposent leurs formes tout autant que l’artiste les guide.
Parfois une collaboration avec des plasticiens ou des écrivains ouvrent d’autres conversations, notamment dans les livres d’artistes :
alors rien ne se perd des mémoires croisées, tout est signe d’une parole fluide qui circule, palettes de rencontres.
 
Car il est question de tisser des liens.
Liens entre le passé et l’avenir –la lettre que l’on écrit et le geste même de la boucle qui retourne en arrière pour mieux filer vers l’avenir.
Liens entre les formes et le fond. Liens entre divers plans de représentation du réel– vue du dessus ou coupe perpendiculaire, on ne sait. 
Liens entre les artistes qui collaborent ensemble.
Liens d’humanités.
Tels les cailloux du petit Poucet, l’œuvre nous invite à inventer notre devenir à partir de nos traces.
Et ne nous impose aucune interprétation, aucune perspective.
C’est à celui qui regarde de trouver l’empreinte de son chemin.
 
« Est-ce le berceau de l’aube ? C’est du moins, d’abord, des couleurs, un nid de couleurs, fines et douces comme celles qu’assemble la naissance du jour, et pourtant différentes ; couleurs, ou plutôt nuances, gradations sans ruptures, nuages de terre et de lait qui se mêlent
ou, mieux, s’épousent ; sous ce collier d’ardoise. »
[1]

Les peintures et gravures d’Isabelle Massin résonnent avec l’univers du poète,
car elles nous donnent quelque chose d’une lumière du premier jour, lumière de terre et d’eau, à venir.

 

                                                                                                                                                                

                                                                                                           Janine Lautier Desmazières

 



[1] Paysages avec figures absentes, Philippe Jaccottet, Poésie Gallimard, p 51